Le style de la maison néocoloniale néerlandaise trouve ses origines au début du 18e siècle, lorsque les colons hollandais ont introduit leurs traditions de construction dans les colonies américaines. Ce style est rapidement devenu populaire dans l’État de New York et le long du fleuve Hudson. Les colons hollandais ont adapté leur technique de construction européenne au climat plus rigoureux de l’Amérique du Nord, créant des maisons fonctionnelles et distinctives. Avec ses deux pentes, le toit à comble brisé caractéristique du style se voulait non seulement un choix esthétique, mais également pratique, permettant d’optimiser l’espace intérieur tout en supportant de fortes chutes de neige.
Au début du 20e siècle, le style colonial hollandais connaît un renouveau, ce qui conduit à la construction de nombreuses maisons reflétant le style d’origine, mais de façon schématisée et plus uniformisée, notamment par l’utilisation de matériaux usinés et d’éléments architecturaux standardisés, distribués par catalogue (livres de modèles) ou par des revues. Cette nouvelle méthode de construction, rapide, simple et peu coûteuse, mène à une volumétrie simplifiée du modèle d’origine.
Ce style s’est répandu au Québec durant l’entre-deux-guerres, grâce aux modèles disponibles dans les catalogues de vente. C’est l’un des modèles les plus populaires de cette époque, particulièrement dans les milieux anglophones. À Québec, la maison néocoloniale néerlandaise apparaît durant les années 1920, mais y connaîtra son apogée au début des années 1940. Bien que plus rares, des maisons de ce style se retrouvent dans pratiquement tout le territoire de la Ville de Québec, avec une concentration notable dans le quartier de Sillery.
Les maisons de style néocolonial néerlandais se reconnaissent principalement par leur toit à comble brisé, constitué de deux pans présentant chacun une pente douce au-dessus d’une pente plus raide. Il se distingue du toit mansardé par l’asymétrie de ses pentes, avec son terrasson très court et son brisis très allongé et évasé, rappelant la forme d’une cloche, ce qui lui confère un aspect massif et austère. Ce toit en forme de cloche est véritablement la pièce maîtresse et l’attribut le plus emblématique des maisons appartenant à ce style.
Éléments caractéristiques :
- Plan rectangulaire ou en L; volume simple.
- Deux niveaux d’occupation (1 étage ½, plus rarement 2 étages ½).
- Revêtement : brique, planche à clin, planche à feuillures, bardeaux de bois, bardeaux d’amiante, enduit.
- Fondation en béton.
- Toit en forme de cloche : comble brisé asymétrique, constitué de deux pentes prononcées. Large avant-toit allongé et en surplomb; revêtement en bardeaux d’asphalte. Toiture généralement percée d’une large lucarne continue en appentis, contribuant à son aspect massif.
- Portes : porte à carreaux vitrés, porte moustiquaire avec plusieurs éléments menuisés. Entrée disposée de manière centrale.
- Fenêtres : rectangulaires, à guillotine à petits carreaux, ou plus rarement à deux battants avec partie fixe à carreaux. Souvent accompagnées de volets ou de persiennes. Présence ou non de fenêtres fixes, en ovale ou en demi-cercle.
- Composition des façades régulière et symétrique, avec un accent sur les lignes verticales.
- Saillies : perron, porche ou courte galerie couverte. Le plus souvent présence d’un portique surmonté d’un auvent en fronton triangulaire ou semi-circulaire relié au toit principal, supporté par des colonnes simples ou doubles, sans balustrade; corps d’annexe, balcon, véranda, cheminée à l’extrémité du mur pignon.
- Ornementation : sobre, portail plus ou moins orné autour de la porte, fronton, retours d’équerre, chambranles sobres ou décorées, encadrements, contrevents ou persiennes, colonnes, piliers, plates-bandes.
Illustration : Charles-Étienne Brochu